Page du projet. Le Cycle de Shaedra, Tome 10: La perdition des fées.

1 Confessions (Partie 1 : Au-delà de la légende)

Les tunnels qui sillonnaient le sous-sol de la Tour de Shéthil étaient très différents de ceux que j’avais parcourus avant d’arriver à Meykadria. Plus larges, ils étaient peuplés de plantes, de champignons et d’arbustes souterrains. Désireux de nous éloigner de la tour, nous ne nous attardâmes pas dans la caverne des kéréjats et nous nous mîmes presque aussitôt en marche malgré notre fatigue. Les amples tunnels par lesquels la saïnal nous fit passer étaient une véritable jungle. Et, tandis que je peinais à avancer, je souhaitai ardemment que les gardes d’Ato ne découvrent pas la trappe dissimulée : j’étais sûre qu’Ew Skalpaï n’aurait pas eu de mal à suivre notre piste.

Nous marchions depuis deux heures lorsque nous parvînmes à une sorte de caverne allongée qu’une rivière souterraine traversait de part en part. Excepté la rive, qui était couverte de sable, tout était végétation. Des plantes bleutées poussaient sur la paroi rocheuse formant un ample cercle qui illuminait doucement les alentours. En arrivant près de la rivière, je remarquai des empreintes de pas sur le sable. Au moins, nous aurions de quoi manger.

Iharath défit sa lumière invoquée avec un soupir d’épuisement.

— Je sens que je vais devenir apathique à force d’utiliser ma tige énergétique —se plaignit-il.

Drakvian se laissa tomber sur le sable avec un grognement fatigué.

— Moi aussi, je n’en peux plus. Même si un lièvre passait sous mon nez, je n’irais pas le chercher.

Si la vampire était fatiguée, moi, j’étais exténuée. Je m’assis auprès d’elle, aidant Galgarrios à en faire autant : le caïte avait l’esprit encore un peu égaré et j’avais l’impression qu’il se rendait à peine compte de ce qui se passait autour de lui. Quant à Wujiri, il était toujours inconscient ; Ga venait de le déposer sur le sable avant de se rapprocher de l’eau. Son grand corps se fondait entre les ombres qui l’entouraient. Je la vis s’incliner et boire de grandes gorgées avec sa large bouche.

Songeuse, je détournai le regard de Ga. Je n’arrivais pas à me faire à l’idée qu’un saïnal, ou plutôt une saïnal, nous accompagne dans ces tunnels humides et labyrinthiques qui menaient les dieux savaient où. Après tout, pour n’importe quel saïjit, cela équivalait à voyager avec une créature infernale destructrice et abominable. Comme l’étaient les démons. C’est ainsi qu’Ew Skalpaï devait m’avoir considérée dans la tour, pensai-je, frissonnant rien que de me rappeler ses yeux froids et impitoyables. Définitivement, cette fois, j’avais vraiment gaffé… “Ne révèle jamais à personne ce que tu ne veux pas qu’on sache”. Je soupirai. C’était le conseil que m’avait donné Lénissu il y avait à peine un mois. Et moi, je me présentais devant ma patrouille et le capitaine d’Ato transformée en démon. C’était presque un miracle que je sois encore en vie.

Je reportai mon regard sur la saïnal qui, à présent, était entrée dans la rivière jusqu’à la taille et faisait tranquillement sa toilette, enveloppée dans ses ombres permanentes. Franchement, le pacte que j’avais conclu ne me convainquait pas vraiment. Je n’avais même pas encore eu le temps de lui demander de m’expliquer en quoi nous pourrions lui être utile ni pourquoi elle désirait tant une spiartea de soleil. La seule chose que je savais, c’est qu’il s’agissait d’une très belle fleur qui possédait des « propriétés magiques ». Je me doutais que, s’il avait été facile d’obtenir une de ces fleurs, la saïnal l’aurait déjà fait. Malheureusement, j’étais certaine que, sans Ga, nous ne parviendrions pas à trouver Kyissé. Au moins, il semblait que la petite était vivante, me répétai-je pour me donner du courage. Mais je n’arrivais pas à me tranquilliser tout à fait.

Je posai Frundis sur le sable et je cessai d’entendre ses bruissements de feuilles mêlés à des notes de guitare. La caverne était silencieuse et on ne percevait que le murmure de l’eau qui s’écoulait. Je m’allongeai et je vis Syu se blottir près de moi, en bâillant ouvertement. Je passai une main affectueuse sur sa tête, en souriant.

“Quelle journée, n’est-ce pas ?”, commentai-je.

Il souffla et promena un regard autour de lui.

“Tout cela ne me plaît pas”, admit-il. “La dernière fois que nous sommes allés sous terre, nous y sommes restés des mois.”

Je me mordis la lèvre.

“Cette fois, nous sortirons avant… bon, dès que nous aurons trouvé Kyissé”, lui promis-je.

Ma réponse ne sembla pas réconforter le singe gawalt, mais il s’éloigna soudain en déclarant : “Je vais aller explorer la zone… je ne m’écarterai pas trop”, m’assura-t-il. Et avec une grimace, il ajouta : “Cet endroit grouille de vie.”

Je le vis disparaître derrière d’énormes feuilles rouges avant que mes paupières ne se ferment. J’avais l’impression d’avoir sauté et couru pendant un jour entier sans m’arrêter. La conversation d’Iharath et de Drakvian me parvenait entre chuchotements et soupirs. Ils parlaient de Ga, devinai-je.

— Eh, Shaedra, une question —dit soudain Drakvian—. Tu crois que la saïnal nous comprend quand nous parlons en abrianais ?

J’ouvris les yeux et j’acquiesçai.

— Bien sûr qu’elle nous comprend. Ce qu’il y a, c’est qu’elle a du mal à reproduire les sons de l’abrianais. C’est pour ça qu’elle parle en tajal. Quoique j’aie l’impression que ce n’est pas sa langue préférée non plus. Les saïnals doivent avoir un autre langage —conclus-je.

Ga acquiesça depuis la rive, mais, occupée à ses ablutions, elle ne répondit pas. Je reportai mon regard sur la vampire et Iharath. Ils avaient l’air pensifs.

— Au fait —ajoutai-je—, merci pour tout ce que vous avez fait. Je ne m’attendais pas à ce que vous apparaissiez… et encore moins avec les Triplées —admis-je—. Maintenant, je me rends compte du pouvoir de ces magaras. Ces boules de feu étaient incroyables.

Drakvian découvrit visiblement ses crocs.

— J’avoue que, moi aussi, j’ai été impressionnée —reconnut-elle, et elle se tourna vers le semi-elfe—. Dis-donc, Iharath, tu devrais lui rendre les Triplées. Elles sont à elle.

Il acquiesça et les chercha dans une de ses poches ; il les sortit et me les tendit, mais je secouai alors négativement de la tête.

— Tout compte fait, tu devrais les garder —dis-je—. Moi, je ne sais pas les utiliser.

Le semi-elfe roula les yeux.

— Je t’apprendrai, ce n’est pas si difficile que ça. Prends-les —insista-t-il.

Je haussai les épaules et je pris les trois boules colorées. Je les gardai avec soin dans une poche intérieure de ma tunique de garde et je m’enquis, curieuse :

— Au fait, vous ne m’avez pas encore montré le parchemin que m’a laissé Marévor. Que disait-il ? Et quelle est cette quatrième tâche dont il vous a chargés ?

Tous deux échangèrent un regard rapide.

— Eh bien… —commença Drakvian, hésitante—. La lettre… Attends. Il sait, lui, que tu… ? —demanda-t-elle soudain, en signalant vaguement Galgarrios, sans terminer sa phrase.

Je haussai les épaules, en devinant ce qu’elle voulait dire.

— Non, mais, vu qu’il sait déjà que je suis un démon, je ne crois pas que cela le choque beaucoup plus d’entendre parler de Jaïxel —raisonnai-je. Galgarrios ne nous regardait pas. Il semblait hagard et, quoi qu’en dise Ga, son état me préoccupait. Je me redressai, intriguée—. Alors, Marévor Helith parle de Jaïxel dans sa lettre ?

Je vis la tête de la saïnal se lever d’un coup et nous observer avec curiosité. Apparemment, ce n’était pas la première fois qu’elle entendait parler de Jaïxel, présumai-je, un sourcil arqué.

— Oui —répondit Iharath avec calme—. Le maître Helith est parti voir Jaïxel. C’est maintenant certain. Il veut essayer de lui faire recouvrer la raison une fois pour toutes.

Malgré son calme, je remarquai une légère hésitation. Je secouai la tête, pensive.

— Bon, que Marévor tente de raisonner une liche, cela ne me surprend pas —admis-je—. Qu’y avait-il d’autre dans la lettre ? Je pourrais la voir ?

Drakvian fit une moue et se racla la gorge, embarrassée.

— Tu pourrais…

Surprise, je fronçai les sourcils devant leurs réactions. Drakvian enroulait une de ses boucles vertes autour d’un doigt tandis qu’Iharath, silencieux, jouait avec le sable.

— Que se passe-t-il ? —demandai-je, alarmée—. Vous avez perdu la lettre ?

Le semi-elfe passa une main sur son visage avant de répondre calmement :

— Non. Dans la lettre, il te demande essentiellement d’être prudente et de ne pas perdre les Triplées.

Je les contemplai, sans savoir quoi dire, une idée troublante en tête. Que le maître Helith me dise de ne pas perdre les Triplées était compréhensible. Mais je ne voyais pas le nakrus me demander d’être prudente.

— Écoutez —intervint Drakvian avec une soudaine précipitation—, si nous nous reposions un moment avant de poursuivre cette conversation, qu’en pensez-vous, hein ? Il faut voir les choses avec tranquillité et à tête bien reposée —insista-t-elle.

Face à tant de réponses évasives, je leur adressai une moue impatiente.

— Je peux la voir ? —insistai-je.

La vampire soupira, l’air contrariée. Elle allait répondre quand un soudain bruit sourd contre le sable nous fit sursauter : c’était Galgarrios qui venait de s’effondrer, endormi. Dieux, pensai-je, inquiète, en passant une main sur sa joue pour écarter une mèche blonde. J’espérais qu’il éliminerait bientôt toutes les toxines de Ga.

— Nous devrions suivre l’exemple de ton ami —grommela la vampire.

— Donne-la lui, Drakvian —répliqua Iharath en soupirant—. Peut-être qu’elle dormira plus tranquille comme ça, qui sait.

Elle souffla, l’air dubitatif, mais elle fouilla aussitôt dans une de ses poches. Elle sortit la boîte et me la tendit de mauvais gré.

— Tiens.

Scrutant leurs visages avec curiosité, je pris la boîte. Que pouvait bien vouloir me dire Marévor Helith qui puisse autant les altérer ? J’ouvris le couvercle et je sortis le parchemin. En réalité, il y avait plusieurs pages très fines. Ce n’était pas du papier de botrille, mais de lamitril, remarquai-je, impressionnée. Ce papier était très cher et s’abîmait à peine avec l’eau. Avec appréhension, oubliant ma fatigue, je dépliai le parchemin et lui jetai un coup d’œil. Il était écrit en abrianais.

Je me concentrai et je dévorai les lignes, les yeux fébriles.

« Shaedra. Lorsque tu liras cette lettre, je serai déjà parti chercher Ribok au Labyrinthe de Tafosia pour tenter de le raisonner. Il a été comme un fils pour moi, mais je sais qu’il ne me sera pas facile de le convaincre. Il y a beaucoup de choses dont je ne t’ai jamais parlé et je pense que le moment est venu de t’expliquer ce qui est réellement arrivé à tes parents. Peut-être mon explication sera-t-elle un peu longue, mais je crois qu’elle est nécessaire. Lis attentivement : il n’y a ici aucun mensonge. »

J’interrompis ma lecture et j’arquai un sourcil, incrédule. Marévor Helith était-il vraiment capable d’écrire une lettre sans mensonge ? Je continuai à lire et la première phrase me fit blêmir.

« Ta mère et ton oncle Lénissu sont des enfants de nécromanciens qui ont trouvé la mort en tentant de devenir des nakrus. Devenus orphelins, je les ai recueillis. Je les ai sauvés de la misère la plus complète et je les ai emmenés à Dumblor. Je les ai laissés entre les mains d’un homme qui, supposément, était un eshayri, quoiqu’il soit aussi un Ombreux et Nohistra. —Derkot Neebensha, compris-je avec un frisson—. Au cas où tu ne le saurais pas encore, les eshayris sont simplement un Ordre, créé il y a plus de quatre cents ans, qui lutte contre les mauvaises pratiques nécromanciennes. Je suis un grand mécène de cet Ordre. Cependant, pour cette même raison, j’ai été contraint de quitter les Souterrains à peine quelques années plus tard. Le tuteur avec lequel j’avais laissé mes nouveaux protégés a initié Ayerel comme Ombreuse et eshayri en même temps. À dix-huit ans, Ayerel a commencé à travailler avec Zueryn et d’autres aventuriers. Leur travail consistait essentiellement à localiser tous les bourgs où étaient perpétrés des crimes à des fins nécromantiques et ensuite à y mettre un terme. Un jour, malheureusement, tout a mal tourné. Ayerel et Zueryn ont été accusés à Dumblor du vol d’un collier de beaucoup de valeur. Ils ont dû fuir Dumblor ; ils ont alors envoyé Murry et Laygra à la Superficie auprès d’un vieil ami, puis ils se sont cachés. »

Je levai la tête, les yeux écarquillés, mon cœur battant plus fort. C’était une histoire très semblable à celle que m’avait racontée Murry des années auparavant. Drakvian et Iharath me surveillaient du coin de l’œil, devinant la confusion et le choc que me provoquaient toutes ces révélations. Je baissai de nouveau le regard sur le parchemin.

“Lorsque tes parents sont retournés à Dumblor clandestinement, Lénissu avait déjà quitté les Souterrains. Cette nouvelle a beaucoup affecté Ayerel. Elle a voulu partir le chercher, mais le Nohistra l’en a empêché. Il a alors donné à Ayerel, à Zueryn et à une autre Ombreuse du nom de Sétrassia une mission urgente à Neermat pour réunir plus d’informations sur les Hullinrots. Je suppose qu’Ayerel a toujours ignoré les véritables intentions du Nohistra en les envoyant là-bas. Cet homme avait fini par se passionner pour la nécromancie et, avec l’Ordre, il était facile pour lui de trouver ce qu’il souhaitait savoir. Sans plus attendre, tes parents et Sétrassia sont partis à Neermat. C’est là que tu es née, Shaedra, à Neermat, et non pas à Dumblor. —J’étouffai une exclamation, abasourdie—. J’ignore ce qui s’est exactement passé durant tout ce temps et pourquoi leur séjour s’est autant prolongé. Il se trouve qu’un jour, les Hullinrots ont appris qu’un livre de nécromancie unique avait été dérobé. Et, bien sûr, ils ont accusé les trois Dumbloriens. Ils ont arrêté Sétrassia, mais tes parents ont réussi à fuir avec toi à travers le Labyrinthe de Tafosia. Et ils sont tombés sur la liche. Je me souviens que, lorsqu’Ayerel avait à peine douze ans, je lui avais raconté l’histoire de Ribok. Peut-être l’a-t-elle reconnu quand elle s’est retrouvée face à lui. D’une façon ou d’une autre, Sétrassia est parvenue à s’enfuir de Neermat et elle t’a trouvée, hors du labyrinthe. Elle t’a sauvé la vie. C’est tout ce que je sais avec certitude. Néanmoins, c’est sans nul doute dans ce labyrinthe que Jaïxel t’a injecté une importante partie de son phylactère. Et je crois maintenant savoir quelle était son intention ; c’est pourquoi je pense que Ribok est encore vivant à l’intérieur de la liche. J’ai donc enfin décidé de partir afin de le libérer et de réparer ainsi mes erreurs, quoiqu’elles soient si nombreuses au cours de ma longue vie que quelques bonnes actions ne pourront me les faire oublier.”

“Après ces explications, je souhaiterais aussi te demander une faveur. Je voudrais que tu ailles au Kyuhs dès que possible. Je t’y attendrai et je te promets que tu pourras enfin être libérée du phylactère : j’ai tout planifié. Ne perds pas les Triplées, sois prudente et fais confiance à Drakvian et Iharath, je les aime comme les enfants que je n’ai jamais eus : ils te guideront.”

Je demeurai longtemps les yeux rivés sur le dernier paragraphe, ahurie. Je n’avais jamais entendu parler aussi clairement de la vie de mes parents. Avant, je les avais toujours vus comme d’étranges figures d’un passé qui ne m’appartenait pas réellement. Mais, à présent, je me surprenais à imaginer leur vie et leurs préoccupations, se débattant au milieu de leurs tâches comme Ombreux et comme eshayris… Et, pour comble, il se trouvait que les parents de Lénissu et d’Ayerel avaient essayé de devenir des nakrus. Si Marévor Helith disait réellement la vérité, Murry ne s’était pas trompé tant que ça en croyant les histoires du peuple ternian des Hordes. Je secouai la tête et je levai les yeux. Iharath dessinait tranquillement un cercle sur le sable tandis que Drakvian examinait ses ongles, dans l’expectative. Ga dormait, roulée en boule comme un chat, non loin de la berge.

— Qu’est-ce que c’est le Kyuhs ? —demandai-je finalement, en rompant un long silence.

Iharath interrompit son mouvement et Drakvian leva ses yeux bleus vers moi.

— C’est une zone des Souterrains —répondit celle-ci—. Je n’y suis jamais allée, mais je me rappelle qu’un jour, le maître Helith avait mentionné que c’était un endroit spécial. —Elle marqua une pause avant d’ajouter— : Tu étais au courant à propos des eshayris ?

Je fis non de la tête et je les vis échanger des regards pensifs.

— Nous non plus —admit Iharath—. Bon… —Il se racla la gorge, en me lançant un regard inquiet—. Peut-être qu’il vaudrait mieux que nous nous reposions et que nous te laissions assimiler tout ça…

— Pourquoi donc Marévor Helith veut-il m’attendre au Kyuhs ? —l’interrompis-je, songeuse.

Iharath porta la main à son menton et appuya le coude sur son genou.

— Je n’en sais rien. Pour être sincère, je crois que cette fois il est en train de commettre une folie. D’après ce que j’ai cru comprendre, les Hullinrots ne le portent pas dans leur cœur, mais je ne pense pas qu’ils tentent de se venger de lui. Par contre, Jaïxel… —il haussa les épaules— Jaïxel est une liche. Et parfois le maître Helith semble l’oublier. —Ses yeux violets me dévisagèrent attentivement avant qu’il n’ajoute— : J’ai l’impression que Marévor Helith a l’intention de faire sortir la liche du labyrinthe et de l’emmener avec lui.

Si nous n’avions pas été en train de parler aussi sérieusement, je me serais esclaffée devant une idée aussi farfelue : un nakrus et une liche se promenant tous deux ensemble dans les Souterrains… Cependant, les conséquences de son affirmation étaient plus que préoccupantes. Et rien que d’y penser, je sentais mon cœur se glacer.

— Il veut emmener la liche avec lui jusqu’au Kyuhs —murmurai-je, horrifiée—. Il prétend donc m’ôter le phylactère pour le rendre à Jaïxel, lui tout seul. —Je secouai vivement la tête. Supposément, Marévor Helith s’était fait la promesse de ne plus utiliser de sortilèges nécromantiques. Avait-il pu changer d’avis ?—. Je n’ai pas l’intention d’aller au Kyuhs —affirmai-je.

Drakvian afficha un demi-sourire.

— Je m’en doutais —répliqua-t-elle—. En lisant la lettre, j’ai compris pourquoi notre dernière tâche consistait à te protéger jusqu’à ce que nous le rejoignions. Mais, moi, personnellement, je ne te conduirai pas à cet endroit pour que le maître Helith te détraque l’esprit…

— Peut-être qu’il ne le détraquera pas —intervint Iharath, comme pour lui-même—. Peut-être que tout se passera bien. Ces dernières années, il a passé beaucoup de temps enfermé dans son laboratoire. En plus, dans la lettre, il dit qu’il a tout planifié. Peut-être qu’il sait comment procéder pour enlever le phylactère sans provoquer de dommages —conclut-il.

La vampire grogna.

— Iharath, tous deux, nous connaissons Marévor. Avec lui, on ne peut jamais être sûr de rien.

— Je sais —avoua Iharath, fatigué—. Mais nous pouvons aussi être sûrs qu’il fera tout son possible pour la sauver.

Et pour sauver Ribok, pensai-je. La question était : qui voulait-il sauver en priorité ? Ribok ou moi ? Je soufflai. Maintenant que les Hullinrots étaient enfin tranquilles et satisfaits après l’examen du phylactère, Marévor Helith arrivait et compliquait tout… Comment pouvait-il penser que j’allais l’écouter ?

— Tout ça pour sauver une liche —marmonna Drakvian.

— Il l’aime comme un fils —le justifia le semi-elfe—. Et visiblement, Marévor se sent coupable de son destin…

Un cri mental me fit sursauter et je me levai d’un bond, l’interrompant.

“Syu !”, criai-je par le kershi, atterrée.

Je regardai autour de moi et, bientôt, je vis Syu apparaître au milieu de la dense végétation et se précipiter vers moi.

“Shaedra !”, me cria-t-il, effrayé.

Je l’accueillis, alarmée.

“Que se passe-t-il ?”

Le singe gawalt haletait.

“J’ai vu… des saïjits”, m’informa-t-il. “Mais ils n’étaient pas vivants.”

Je pâlis.

— Qu’est-il arrivé ? —demanda Iharath, appréhensif.

— Syu a vu des saïjits morts —expliquai-je.

Je me mordis la lèvre, scrutant les alentours. Syu fit non de la tête.

“Ils ne sont pas morts. Ils ont l’air vivants, mais ils sont en pierre”, expliqua-t-il.

Je fronçai les sourcils et je communiquai les détails à Drakvian et à Iharath. Leur soulagement était évident.

— Des statues ? —dit Iharath, intrigué—. J’aimerais les voir.

Drakvian feula.

— Ta curiosité te perdra. Moi, je vais imiter la saïnal et je vais faire une sieste. Bonne exploration !

Nous laissâmes Galgarrios et Wujiri aux soins de Ga et de Drakvian, je rangeai la lettre, je pris Frundis et nous nous éloignâmes de la rive, guidés par Syu.

“Ils font peur”, me prévint le singe.

Nous nous enfonçâmes dans les fourrés, avec prudence. Quelques minutes après, nous atteignîmes une zone tapissée d’herbe bleue qui conduisait à un tunnel illuminé par des ercarites. L’entrée du tunnel était gardée par deux grandes figures sculptées.

— Ceci n’est pas n’importe quelle pierre —dit Iharath, en s’approchant avec précaution—. C’est du marbre de Lisia.

Je remarquai un flux d’énergies devant l’entrée.

— Iharath… —murmurai-je.

Mais il s’était déjà arrêté. Il avait sûrement perçu la même chose que moi. Ou presque, rectifiai-je avec une moue. Je doutais qu’il ait reconnu dans le sortilège qui gardait ce tunnel la présence de sryho. Mais, par contre, il avait dû voir les marques de la Sréda dessinées avec netteté sur les faces parfaites de ces sculptures. L’une, aux yeux noirs, brandissait une épée royale, émoussée, une expression terrible sur le visage ; l’autre, aux yeux blancs, tendait les mains vers nous, comme pour nous inviter à entrer ou pour demander quelque chose…

— Éloignons-nous d’ici —fis-je, aussi inquiète que Syu. Il émanait de ce tunnel une aura qui ne me plaisait pas.

Je vis Iharath faire un pas en avant et je m’avançai pour le tirer promptement par le bras.

— Iharath, Ga connaît ces tunnels. Nous, non. Revenons à la plage. Il ne faudrait pas que nous commettions une imprudence et que nous mourions bêtement.

Le semi-elfe adopta une mine déçue et acquiesça, mais il ne bougea pas.

— Tu reconnais les figures ? —demanda-t-il.

Je le regardai fixement.

— Je devrais ?

Il haussa les épaules, en s’empourprant.

— Je ne sais pas. On dirait des dieux démons ou quelque chose comme ça.

Je laissai échapper un petit rire amusé et je le tirai de nouveau par la manche tout en affirmant :

— Les démons n’ont pas de dieux. La seule chose que certains vénèrent, c’est la Sréda.

Iharath me contempla avec un vif intérêt.

— La Sréda ? Tu veux parler de la marque… ? —questionna-t-il, en portant les mains à son visage.

Sa curiosité me fit sourire.

— La Sréda est essentiellement un phénomène interne —expliquai-je—. Et pour beaucoup, c’est ce qui donne vie aux choses. Les marques noires sont uniquement une de ses manifestations. Faisons demi-tour —insistai-je.

Le semi-elfe acquiesça et nous prîmes le chemin du retour vers la plage. Ces deux figures m’avaient fait dresser les cheveux sur la tête et je respirai plus calmement lorsque nous les perdîmes de vue.

— Iharath… —dis-je, hésitante, alors que nous étions sur le point d’arriver. Le semi-elfe se tourna vers moi, l’expression interrogatrice—. Tu crois que je devrais écouter Marévor Helith ?

Il esquissa un sourire.

— Nous devons trouver une fleur et sauver la Fleur du Nord. Nous penserons au Kyuhs plus tard, tu ne crois pas ?

Je lui rendis son sourire et j’acquiesçai. Mais, en mon for intérieur, je me demandai si, tout compte fait, Marévor Helith n’avait pas raison de vouloir arranger cette histoire de phylactère : je n’avais pas oublié le jour où Martida m’avait brouillé l’esprit avec l’énergie bréjique, ni la sensation désagréable d’avoir oublié jusqu’à ma propre identité.

Nous avions presque rejoint la plage lorsque je perçus soudain un mouvement du coin de l’œil ; je demeurai livide en voyant la scène qui se déroulait devant moi : Drakvian, le genou planté entre les omoplates de Wujiri, plaquait sa dague Ciel contre la gorge de l’elfe noir et semblait lui murmurer quelque chose à l’oreille. La saïnal, assise près de la rive, observait attentivement la vampire.

— Démons —sifflai-je. Syu grimpa sur mon épaule, appréhensif. “Cette vampire n’a pas toute sa tête”, soupira-t-il.

— Drakvian ! —tonna Iharath, en se précipitant vers elle.

Je le suivis et nous regagnâmes rapidement la plage. Drakvian leva la tête et nous adressa un sourire espiègle.

— Je crois qu’il a enfin compris —déclara-t-elle.

Le semi-elfe lui lança un regard sombre.

— Qu’est-ce que tu lui as dit ?

— Eh bien… Qu’il avait un sang très appétissant, mais que je m’efforcerais de ne pas le boire si, lui, il s’efforçait de ne pas fuir et d’accepter qu’une vampire soit sa compagne de voyage —expliqua-t-elle avec naturel.

À ce moment, je venais de la contourner et je pus voir le visage de Wujiri : il était plus pâle que la mort et il fermait fortement les yeux. Sa respiration était bruyante et entrecoupée, comme si l’air lui manquait.

— Lâche-le, Drakvian —dis-je, en m’agenouillant auprès de lui.

La vampire hésita, mais finalement elle acquiesça et s’écarta un peu ; je la vis alors retirer une dague de la botte de Wujiri pour le désarmer complètement.

— Wujiri —l’appelai-je doucement.

L’elfe noir ne sembla pas m’entendre. Il se mit à trembler plus violemment, mais il n’ouvrit pas les yeux. Il allait être difficile de le calmer, soupirai-je.

— Wujiri ! —dis-je plus fort—. Écoute et regarde-moi. N’aie pas peur.

Il ouvrit finalement les yeux, des yeux verts qui s’agrandirent encore en me voyant.

— Shaedra ? Qu’est-ce que… ? Où… ? Que s’est-il passé ?

Il se redressa en se massant la tête, il promena un regard égaré autour de lui et il ouvrit la bouche comme pour crier, mais aucun son ne sortit. Sans le quitter des yeux, je tendis les mains pour le tranquilliser, anticipant sa réaction.

— Wujiri, nous sommes ici en sécurité. La saïnal et la vampire ne nous feront pas de mal. Fais-moi confiance.

Mais l’elfe noir ne m’écoutait pas. Pétrifié d’horreur, il regardait tour à tour la saïnal et la vampire. Iharath prit Drakvian par le bras pour l’éloigner un peu plus.

— Laisse-la lui parler —lui chuchota-t-il.

— Wujiri —répétai-je, sans très bien savoir quoi dire. Je grognai intérieurement en voyant qu’il ne me regardait même pas et je poursuivis d’une voix douce— : Wujiri. Le capitaine Aseth… —En entendant prononcer le nom du capitaine d’Ato, il tourna brusquement ses yeux vers moi. Je me raclai la gorge—. Le capitaine Aseth a cru que Kyissé se trouvait à l’intérieur de la Tour de Shéthil, mais il se trompait. Enfin, il était sur la bonne voie. La saïnal sait où elle se trouve et elle va nous conduire jusqu’à elle.

Sur la berge, Ga acquiesça de la tête et dit « oui » en tajal avec un grognement guttural. Pendant une seconde, je crus que Wujiri allait s’évanouir, mais il résista stoïquement.

— Shaedra —bredouilla-t-il—, dis-moi que ceci est un cauchemar.

Je grimaçai.

— Si je te disais cela, je te mentirais. Ne te laisse pas aveugler par les préjugés. Cette vampire et cette saïnal n’ont rien de malveillant. Au contraire : elles m’ont sauvé la vie. —Je n’ajoutai pas que c’étaient les gardes d’Ato qui avaient voulu me l’ôter.

— Par l’amour de Ruyalé —souffla Wujiri, en me dévisageant—. Alors, si je ne vais pas mourir, dis-moi que diables faisons-nous ici et explique-moi ce qui est arrivé au reste de la patrouille… —Il s’interrompit et détourna soudain le regard—. C’est Galgarrios, lui ?

J’acquiesçai et je souris.

— Tout juste. Je vais t’expliquer. Le capitaine Aseth et les autres sont sortis de la tour de Shéthil et ils pensaient sûrement revenir à la charge plus tard… mais la saïnal a placé une grande roche devant la porte. Ensuite, il s’est avéré que Galgarrios et toi, vous étiez encore à l’intérieur. Alors, nous n’allions pas vous abandonner sans savoir combien de temps les autres tarderaient à revenir —conclus-je, en résumant et simplifiant les choses—. Mais ne t’inquiète pas, nous continuerons à chercher Kyissé et nous la trouverons.

Wujiri serra sa tête entre ses mains, comme pris de vertige.

— Je ne peux pas croire que tout cela m’arrive à moi —murmura-t-il.

Je levai une main et je lui donnai de petites tapes sur l’épaule.

— Ne te tracasse pas. Tu rentreras à Ato sain et sauf. Mais avant, nous devons trouver Kyissé.

L’elfe noir secoua la tête et se retourna. Ses yeux observèrent la vampire et le semi-elfe, puis se reportèrent sur la saïnal. Celle-ci sourit et découvrit timidement sa langue bleue et sa bouche noire. Mais le garde ne dut pas comprendre les intentions amicales de Ga et, sa terreur ayant atteint sans doute son paroxysme, il s’écroula sur le sable sans crier gare, évanoui.

J’entendis le souffle amusé de Drakvian.

— Ça lui passera —affirma-t-elle.

Je me relevai et chancelai.

— Shaedra ? —s’inquiéta Iharath en se précipitant vers moi.

— Je crois que cette fois… je vais dormir pour de bon —déclarai-je.

Le semi-elfe roux sourit et acquiesça. En lisant la lettre de Marévor, j’avais réussi à étouffer ma fatigue, mais à présent celle-ci s’emparait de nouveau de moi. J’avançai de quelques pas et je m’allongeai auprès de Galgarrios.

“Cet endroit me plaît”, dit soudain Frundis, enthousiaste. “Croyez-vous qu’il peut y avoir des rochereines par ici ? Enfin, je préférerais trouver quelque chose de nouveau. Je sens que je vais sortir d’ici avec une nouvelle œuvre magistrale.”

Syu et moi, nous soufflâmes mentalement, amusés.

“Et où en est ta composition magistrale avec les bêlements de moutons ?”, s’enquit le singe.

Le bâton accompagna sa pause songeuse d’une note de guitare.

“Je l’ai abandonnée”, avoua-t-il alors. “Je n’arrivais à rien de convaincant. Parfois, parmi tant d’inspirations, certaines s’égarent”, observa-t-il sagement. “Et je rectifie, Shaedra : ne me laisse pas entre les mains d’un berger. Garde-moi jusqu’à ce que l’un de nous se brise, d’accord ?”

Je souris, émue par son ton affectueux.

“Je te le promets, Frundis.”

Intérieurement, je pariai que je me briserais bien avant le bâton : tout compte fait, il existait déjà depuis plusieurs siècles. Je ne tardai pas à m’endormir, bercée par une lente mélodie de flûtes…

J’étais assise devant les deux figures de marbre, mais celles-ci n’étaient plus en marbre, mais en chair et en os. Celle de l’épée sautait de son piédestal et avançait lentement vers moi avec ses yeux noirs comme le charbon. Elle leva son arme et visa mon cœur.

— Le sang et la Sréda éveillée s’unissent et la porte s’ouvre —prononça-t-elle sans bouger les lèvres.

Inexplicablement, j’étais tout à fait calme. Je levai une main et, sans frémir, je vis le démon l’entailler de son épée, brillante et affilée, et relever la lame rougie. Il me tourna le dos et s’avança vers la silhouette aux yeux blancs qui tendait les bras. Il déposa l’arme entre ses mains et la femme la saisit par le pommeau et la brandit, adoptant la même position que maintenait la silhouette aux yeux noirs auparavant.

— La porte est ouverte —murmurai-je.

— Quoi ?

Sursautant, j’ouvris les paupières et je trouvai les yeux ambrés de Galgarrios. Le rêve avait été si net ! Je souris largement.

— Galgarrios ! Comment te sens-tu ?

Mon ami haussa les épaules.

— Bien. J’ai l’impression d’avoir rêvé tout le temps depuis la Tour de Shéthil. Et pourtant… —son visage se rembrunit— je me rappelle très bien ce qui est arrivé là-bas.

J’acquiesçai. Ce n’était pas étonnant. Je promenai mon regard autour de moi. La saïnal buvait à nouveau de l’eau et Syu l’imitait, quelques mètres plus loin ; Iharath parlait posément avec Wujiri ; et Drakvian n’était nulle part. Quand je me retournai vers Galgarrios, je me rendis compte qu’il me contemplait toujours, songeur.

— Alors… tu es un démon ? —me demanda-t-il à voix basse.

Je remarquai dans ses yeux une lueur de déception et de peur et je frissonnai. Que le capitaine Aseth, Sarpi ou Ew Skalpaï me considèrent avec horreur, qu’importe, mais Galgarrios… J’acquiesçai.

— Cela ne me rend pas très différente —lui assurai-je.

Le caïte secoua la tête, sans répondre. Un vide s’était ouvert entre nous, m’aperçus-je, attristée. Galgarrios me connaissait depuis que j’avais huit ans. Il avait été mon premier ami à Ato. Je ne pouvais pas le perdre maintenant pour une raison aussi absurde.

— Galgarrios, tu as dit que nous étions toujours amis. —Ma voix se brisa, mais je poursuivis— : Ce que l’on raconte sur les démons est faux. Je ne suis possédée par aucun esprit malin. C’est simplement une sorte de mutation de l’énergie interne. Normalement, cela n’arrive jamais, mais cela m’est arrivé. Et cela n’a pas changé ma façon d’être. Je suis la même que d’habitude. Je te l’assure.

Le doute dans les yeux de mon ami me blessa profondément et je détournai le regard. Au moins, il n’avait pas essayé de me tuer, relativisai-je. En y réfléchissant mieux, la réaction de Galgarrios était même étrange : il avait l’air de m’écouter et d’essayer de croire mes paroles. N’importe quel saïjit n’aurait pas fait cet effort. Mais Aryès et Lénissu, eux, l’avaient fait…

Une grande main prit la mienne et je levai les yeux. Le jeune caïte m’adressa une moue souriante.

— Je te crois —affirma-t-il—. Mais j’aurai besoin de temps pour l’assumer. Entre le saïnal, la vampire et… toi…

Le soulagement et la joie m’envahirent à la fois. Je m’esclaffai et, sans qu’il s’y attende, je l’embrassai avec effusion.

— Merci… de me faire confiance, Galgarrios —bredouillai-je.

Lorsque je m’écartai, il avait retrouvé son sourire habituel.

— Je t’ai toujours fait confiance, Shaedra.

Je lui rendis son sourire. Je savais à quel point ce qu’il disait était vrai, pensai-je. Cependant, un instant, j’avais douté, craignant que des croyances ancestrales soient plus fortes que notre amitié. Je pris Frundis, avec encore un sourire aux lèvres. Quoi que puissent dire certains, Galgarrios savait parfaitement distinguer la vérité du mensonge et la bonté du mal.

— Le déjeuner ! —s’écria soudain la voix discordante de Drakvian.

Nous nous tournâmes tous vers elle et je sentis Galgarrios se raidir légèrement : la vampire portait dans ses mains deux animaux semblables à des castors noirs ; un sourire maculé de sang sillonnait son visage pâle.