Page du projet. Le Cycle de Shaedra, Tome 5: Histoire de la dragonne orpheline.

9 Rondes nocturnes

Je me réveillai au milieu d’un rêve. Je venais de rêver que la Lune perdait l’équilibre et tombait sur Ato, se rapprochant de plus en plus et occupant de plus en plus d’espace dans le ciel. Le bruit de sa collision coïncida avec un bruit infernal qui me réveilla en sursaut.

J’ouvris les yeux en croyant que je vivais la fin de ma vie, lorsque je me rendis compte que la Lune était sûrement toujours à sa place et que les bruits provenaient de ma fenêtre. Quelqu’un tambourinait sur la vitre et ce quelqu’un devait s’impatienter parce qu’il frappait de plus en plus fort.

Syu bondit en grognant et se cacha sous le lit.

“Syu, le courageux”, mâchonnai-je, abandonnant les couvertures et m’approchant de la fenêtre. Je ne sais pourquoi, je m’attendais à trouver Drakvian. Mais ce n’était pas elle. J’ouvris la fenêtre.

— Déria, que se passe-t-il ? —murmurai-je.

La drayte se laissa glisser à l’intérieur de ma chambre et, sans un mot, elle me montra un papier. Je le pris, perplexe, et secouai la tête.

— Je ne vois rien dans cette obscurité, je vais allumer la lampe.

— Ne fais pas de bruit ! —chuchota Déria. Elle avait l’air surexcitée.

Je refermai la fenêtre, je tirai les rideaux et j’allumai la lampe. Le papier était une lettre. Mes mains se mirent à trembler en reconnaissant l’écriture.

— Aléria ! —exclamai-je, tout bas, en sentant que mon cœur allait éclater.

— Elle n’est adressée à personne —dit précipitamment Déria—, mais, en la lisant, on voit qu’elle s’adresse à toi. Lis-la. C’est un miracle que la lettre soit arrivée à la maison, c’est un vendeur ambulant qui l’a apportée dans la matinée. Ne dis pas à Dol que je te l’ai montrée. Il ne voulait pas que tu la lises.

J’essayai de commencer à lire en même temps qu’elle parlait, mais je restai en suspens en attendant ces derniers mots.

— Dol ? —m’étonnai-je, en fronçant les sourcils. Pourquoi ne voudrait-il pas que je lise la lettre d’une amie ?

Je me centrai sur la lecture et Déria se tut, se tordant les mains, nerveuse, l’air de se demander si elle agissait vraiment correctement. La lettre disait ceci :

« Je commence à comprendre combien il est difficile d’obtenir ce que l’on veut. Décidément, les connaissances ne font pas tout ! Je ne dirai pas où je suis, je ne veux que personne d’autre coure de danger, j’ai déjà failli perdre un ami, je ne veux perdre personne. Je veux seulement te dire que nous allons bien et que, maintenant, je sais que ma mère est vivante. Je vais donc essayer de la sauver. Je ne veux que personne se préoccupe, mais, si je ne reviens pas au printemps, je te demande, s’il te plaît, de détruire tout ce que tu trouveras dans le laboratoire de ma mère. Il y a des choses qui n’auraient jamais dû s’y trouver. S’il te plaît, fais-le sans scrupules. »

« Je vous aime beaucoup, toi et les autres, »

A.

La lecture de la lettre me laissa un goût amer dans la bouche. Je me réjouissais d’avoir des nouvelles d’Aléria ; toutefois, la lettre racontait si peu que cela semblait presque une mauvaise farce. Peut-être était-ce pour cela que Dol ne voulait pas que je la voie, pour que je ne me préoccupe pas. Mais même ainsi, cela ne se justifiait pas.

Avec une moue nerveuse, je relus la lettre, en cherchant tous les indices qui pourraient m’aider à mieux comprendre. Akyn avait couru un grand danger et cela l’avait traumatisée. Aléria en savait beaucoup plus long qu’elle ne le disait, mais elle semblait cacher des informations pour quelque obscure raison. Que pouvait-il arriver si la lettre était tombée en de mauvaises mains ? J’eus beau essayer de comprendre, je ne trouvai pas de réponse. Qui pouvait s’intéresser à une jeune kal à la recherche de sa mère ? À part les Adorateurs de Numren, ou ceux qui avaient enlevé Daïan, je ne voyais pas à qui pourrait bénéficier cette information. En lisant la fin de la lettre, je commençai, cependant, à me demander si Aléria ne craignait pas davantage les enquêteurs d’Ato que les Adorateurs de Numren ou les dragons de l’Archipel des Anarfes. Néanmoins, je ne saisissais pas pourquoi elle me demandait de détruire tout ce qui était dans le laboratoire de Daïan. En fin de compte, l’endroit avait déjà été inspecté par les hommes du Mahir…

— Tu as… fini de lire ? —me demanda Déria, impatiente.

Je soupirai et acquiesçai.

— Oui.

— Et… ?

— J’ai l’impression qu’Aléria est en danger —dis-je, en repliant la lettre et la rendant à Déria, le cœur lourd.

— Tu crois ? Mais elle dit qu’elle va bien, c’est ce qu’elle dit dans la lettre…

— C’est à peine si elle dit quelque chose d’explicite —répliquai-je sombrement—. Et ce qui me tourmente le plus, c’est de savoir pourquoi Dol ne voulait pas que je lise la lettre.

— Oh ! —s’exclama Déria, en rougissant—. Ne te tracasse pas pour ça, Dol a parfois des idées bizarres. Il devait sûrement penser qu’en recevant la lettre, tu partirais à la recherche d’Aléria et d’Akyn, mais… comme tu ne sais pas où elle est, tu devrais y aller à l’aveuglette, et ça, c’est une tâche impossible.

Je fis une moue. Déria ignorait tout sur les Adorateurs de Numren, mais elle aurait pu soupçonner que j’en savais davantage qu’elle sur l’endroit où étaient partis Aléria et Akyn. Déria haussa les sourcils, surprise par mon expression, quand, soudain, j’entendis un bruit provenant de la taverne. Je me levai d’un bond.

— Quel était ce bruit ?

— Aucune idée —répondit Déria.

J’entendis de nouveau quelque chose. Cette fois, le bruit provenait de la cuisine. Cela avait tout l’air d’être un voleur. Pensait-il voler des casseroles et des assiettes ?, me demandai-je, en secouant la tête.

— Je reviens tout de suite —dis-je à la drayte—. Toi, reste ici. Peut-être que c’est Wiguy qui lave les assiettes propres.

— Wiguy ? —s’étonna Déria—. Elle fait la vaisselle à cette heure ?

J’avais déjà la main sur la poignée de la porte lorsque je hochai affirmativement la tête, mais je répondis :

— Non.

Syu grimpa sur mon épaule pendant que j’ouvrais la porte et la refermais derrière moi, en silence. Quelqu’un était dans la cuisine, cela ne faisait pas de doute. M’enveloppant dans un nuage harmonique d’obscurité, je descendis les escaliers prudemment.

La cuisine était plongée dans les ténèbres, mais je parvins à voir la silhouette d’un homme qui titubait. En tout cas, cela ne semblait pas un voleur professionnel, me dis-je, en penchant la tête et en me rapprochant de lui, discrètement.

C’était le jeune voyageur. Celui qui avait insulté Syu sur un ton arrogant. À présent, plus qu’un jeune homme élégant, il avait l’air d’un ivrogne. Il avait les yeux exorbités, les cheveux emmêlés et il ne portait sur lui qu’un pantalon noir en laine. Tout, en lui, indiquait qu’il dormait. Un somnambule, compris-je, curieuse. C’était la première fois que j’en voyais un, si je ne me comptais pas moi-même.

Je défis mon sortilège d’harmonies et je créai une sphère de lumière harmonique pour mieux voir l’intrus. Le fait est que le jeune homme semblait endormi tout en étant debout et qu’il murmurait entre ses dents. Il semblait à moitié drogué. Alors, il vacilla et s’étala de tout son long. Je ne me décidai pas assez vite et je n’arrivai pas à temps pour le soutenir.

— Démons —sifflai-je—. Que faites-vous là ?

— Tu ne vois pas ? Je suis en train de pêcher.

Je sursautai, stupéfaite, en voyant qu’il me répondait.

— De pêcher ? —répétai-je, abasourdie.

— La pêche n’a jamais été mon fort —se plaignit le jeune, avec son accent arrogant—. Je me débrouille mieux en parlant aux femmes —dit-il, avec un petit sourire, en essayant de se redresser.

Je fronçai les sourcils, en me demandant soudain si le jeune homme n’était pas simplement en train de jouer la comédie. Mais la scène était trop réelle.

— Écoute… Il vaudra mieux que tu retournes te coucher —lui dis-je, sereinement.

— Attends ! Il y a un gros.

— Un gros ? —dis-je, sans comprendre—. Tu parles de Stiv ?

— Stiv ? —s’esclaffa le jeune—. Que les diables l’emportent, et la pierre de Loorden avec lui. La pierre de Loorden —répéta-t-il lentement, comme si c’était quelque chose de très important pour lui—. Je parle du poisson.

Je le regardai, paralysée. La pierre de Loorden, me répétai-je. Ces mots firent ressurgir plusieurs souvenirs de mon séjour à Dathrun. À cet instant, je sentis que quelqu’un nous observait et je levai la tête. Près de la porte, se tenait l’homme aux cheveux roux et aux yeux verts. Il s’avança lentement vers moi.

— Qu’est-ce qui se passe ici ?

Je le regardai, perplexe.

— Hein ? C’est lui qui est entré dans ma cuisine et qui m’a réveillée. Il est somnambule, à ce que je vois.

L’homme roux avait un éclat dangereux dans les yeux.

— Répète exactement ce qu’a dit cet idiot —fit-il, en s’approchant encore davantage de moi.

Et je vis qu’il tenait sa main près de son poignard. Je pâlis et, en même temps, je me préparai instinctivement à contre-attaquer.

— Eh bien… —balbutiai-je—. Il a dit que… qu’il était en train de pêcher et que ce n’était pas son point fort. Et qu’il n’aimait pas beaucoup Stiv.

— J’ai entendu autre chose —siffla l’homme—. Quelque chose sur une pierre.

— Une pierre ? —fis-je, innocente—. Ah ! Oui, il a dit qu’il allait pêcher la pierre de l’ordre, quelque chose comme ça, il délire totalement, je connais la sensation. Mais, je vous en prie, calmez-vous, je crois que ce jeune homme a besoin de votre aide pour revenir dans son lit. Il vaudra mieux que vous sortiez de ma cuisine.

L’expression de l’homme roux refléta un évident soulagement et sa main s’éloigna de son poignard. Avec un sourire un peu forcé, il acquiesça et Syu laissa échapper un petit soupir de soulagement au même moment.

— Le garçon a dans la tête des tas d’idées ridicules —dit-il, en essayant de relever le jeune—. Et parfois, il dit des choses qui peuvent facilement être mal interprétées. Il nous est déjà arrivé ce genre d’histoires dans une autre ville.

Je lui rendis son sourire, totalement sereine.

— Je comprends. Mais ne vous tracassez pas, je suis habituée à traiter avec toutes sortes de gens. Enfin… c’est la première fois que je vois un somnambule —ajoutai-je, aimablement—. Et maintenant, si c’est possible, ne me réveillez plus, sinon, demain, vous partirez sans déjeuner.

Le roux sourit, avec plus de sincérité cette fois.

— Nous pensons partir avant l’aube, de toutes façons —m’informa-t-il, tout en donnant de petites tapes pas si tendres que ça au jeune homme pour le réveiller—. Merci pour votre patience et bonne nuit.

— Quoi… ? —fit le jeune, en secouant la tête—. Oh, bonne nuit, lauda, ce fut un plaisir de danser avec toi.

— Malheureux ! Tais-toi donc une fois pour toutes —grommela l’autre, en sortant de la cuisine.

Je secouai la tête, amusée, et j’attendis d’entendre la porte de la chambre se fermer, en haut, au premier étage, pour me préoccuper sérieusement de ce que j’avais entendu. Le jeune élégant avait parlé de la pierre de Loorden. Cette même pierre que recherchaient Daelgar et Amrit Daverg Mauhilver, à ce que m’avait dit Lénissu. La Gemme de Loorden qui, apparemment, était convoitée par plus d’un. Je me rappelai rapidement ce que Lénissu m’avait expliqué sur cette gemme : c’était un joyau que les Anciens Rois utilisaient pour garder leurs âmes à l’intérieur. Et si ces quatre voyageurs étaient eux aussi à la recherche de la Gemme de Loorden ? Et s’ils l’avaient trouvée ? Sentant soudain ma bouche sèche, je sortis un verre et le remplis avec l’eau du tonneau.

— Shaedra ? —appela la voix de Déria, dans les escaliers.

Je me retournai et je bus mon verre d’un trait avant de répondre :

— Je t’avais dit de ne pas bouger. Remontons, il ne faudrait pas que nous réveillions toute la maison.

Une fois dans la chambre, j’ouvris la fenêtre et je sentis le froid hivernal entrer d’un coup dans la pièce.

— Il vaudra mieux que tu reviennes chez toi —dis-je à la drayte—. Et dis à Dol qu’il ne se préoccupe pas pour moi.

Déria, qui était déjà sur le bord de la fenêtre, s’arrêta un instant.

— Je ne peux rien lui dire, sans quoi il saura que j’ai volé la lettre.

Je soufflai, surprise de sa réaction.

— Déria —dis-je patiemment—, penses-tu vraiment que ce soit voler que de prendre une lettre d’Aléria pour me l’apporter ? Et, si Dol ne voulait vraiment pas que je voie cette lettre, alors, il devra m’expliquer pourquoi.

— Il se fâchera avec moi.

Je roulai les yeux, amusée.

— Cela m’étonnerait —répliquai-je—. À moins qu’il ait reçu un coup sur la tête et qu’il soit devenu stupide.

Déria fit une moue et sauta sur le toit.

— Bonne nuit.

— Bonne nuit, Déria, et merci pour la lettre.

Je refermai la fenêtre. En me frottant les mains l’une contre l’autre pour les réchauffer, je me recouchai dans mon lit. Je restai dix minutes à fixer le plafond.

“Quelque chose te préoccupe”, devina Syu, assis confortablement sur le chevet du lit.

“Plusieurs choses ont attiré mon attention”, avouai-je. “Premièrement, je ne comprends pas pourquoi Dol ne voudrait pas que je sache qu’Aléria va bien. Deuxièmement, ces quatre voyageurs ont quelque chose à voir avec la Gemme de Loorden et je crois qu’Amrit devrait être averti. Et troisièmement…”

“Tu as l’intention de continuer jusqu’à quel numéro ?”, m’interrompit Syu, en agitant tranquillement la queue.

“C’est le dernier”, lui assurai-je. “Et troisièmement, je crois me souvenir que le mot « lauda » s’utilise pour les jeunes nobles à l’ouest d’Ajensoldra, dans les Plaines du Feu. C’est ce qu’a dit le maître Aynorin.” J’adressai un grand sourire au singe. “Finalement, je ne suis pas une élève aussi distraite que l’on pourrait le croire.”

“La fierté gawalt commence à t’affecter”, observa Syu.

“C’est possible. Mais je me sens mieux”, dis-je, en me levant soudain. “J’ai des choses à faire.”

“Maintenant ?”

“Avant que ces voyageurs ne s’en aillent, je dois vérifier s’ils ont la Gemme ou non. S’ils l’ont…” Je secouai la tête. “Mais je ne crois pas qu’ils l’aient. C’est peu probable. Malgré tout, j’ai senti quelque chose d’étrange en eux. Comme une auréole énergétique constante. Tu crois que ce pourrait être la Gemme ?”

“Il fait un froid de mille démons dehors”, protesta Syu.

Je le regardai, moqueuse.

“Qui m’a proposé de faire une course dans la forêt, il y a quelques heures ?”, fis-je.

Le singe gawalt prit un air grognon, mais ne sut que répliquer. Rapidement, je m’habillai, je mis ma cape et je sortis, en m’enveloppant d’ombres avec les harmonies. La fenêtre de la chambre des voyageurs donnait sur la rue. Cela ne me facilitait pas les choses, parce qu’il n’y avait aucun toit proche depuis lequel on pouvait voir de près l’intérieur. Mais je n’avais pas besoin de voir, seulement d’être près, pour pouvoir examiner l’énergie essenciatique qui émanait de là.

Je grimpai discrètement sur le toit de la taverne et je bougeai les mains, transie de froid. Lorsque je parvins à l’extrémité du toit, je restai un moment immobile, observant les tours des vigiles et tentant de passer inaperçue. De là, je ne percevais pas encore la présence de l’auréole essenciatique. Je soupirai silencieusement.

“Il va falloir se rapprocher davantage”, dis-je.

Syu, s’enveloppant dans sa cape verte et claquant des dents, grimpa sur mon épaule.

“Ça prendra seulement quelques minutes”, lui assurai-je.

Agissant comme un bon singe gawalt, j’utilisai la poutre pour descendre, et j’atterris sur une saillie en pierre qui servait de décoration sur la façade de la taverne. La fenêtre de la chambre des voyageurs était juste à côté.

Je jetai un coup d’œil autour de moi. La rue était silencieuse et sombre. Pour une fois, il ne pleuvait pas. Et le moindre bruit pouvait me trahir. Renforçant mon sortilège harmonique, je fis en sorte que le bruit de ma respiration s’éteigne à une très courte distance et je me penchai près de la fenêtre, en essayant de percevoir l’énergie essenciatique. Elle était là. Le jaïpu des quatre voyageurs était inhibé par cette présence. Mais se pouvait-il que ce soit la Gemme de Loorden qui provoque cela ? Et quoi, sinon ? Il était impossible de le savoir sans entrer dans la chambre et je ne me sentais pas assez téméraire pour faire cela, surtout en sachant que l’un d’eux connaissait bien les arts celmistes, puisqu’il était capable de lancer un sortilège perceptiste.

J’attendis quelques minutes de plus, dans l’espoir de remarquer quelque chose de nouveau, quelque chose qui m’éclaire sur la nature de cette auréole, mais, voyant que l’auréole ne ressemblait à rien de ce que j’avais pu sentir auparavant et que Syu mourait de froid, fourré sous ma cape, j’annonçai finalement :

“Rentrons.”

Je ne sentais plus mes mains et le froid me déconcentrait trop pour maintenir mon sortilège intact ; aussi, avant toutes choses, je m’éloignai de la fenêtre, en suivant la moulure en pierre. Puis, il ne fut pas difficile de remonter sur le toit, de le traverser, d’en descendre et de rentrer dans ma petite chambre.

— Je suis gelée —murmurai-je, en fermant la fenêtre précipitamment et en remuant pieds et mains comme une danseuse frénétique, pour sentir de nouveau mes membres endoloris par le froid.

Syu se mit sous les couvertures, en montrant ses dents blanches.

“Avec tant de connaissances celmistes, et tu ne sais même pas faire un objet qui chasse le froid d’ici ?”, s’enquit-il, en claquant toujours des dents.

“Hmm… Maintenant que j’y pense, j’aurais dû me transformer”, dis-je, pensive. “Je sens moins le froid lorsque j’ai l’autre forme.”

Je posai mes vêtements et je remis ma chemise de nuit.

“Aucun des trois points n’a été résolu”, soupirai-je, en me glissant dans le lit. “Mais maintenant que j’ai des choses à faire, il me vient d’autres idées. Par exemple, Lénissu.”

“Hum ?”, dit Syu, à demi-endormi.

“Lénissu va revenir, pour chercher Corde”, murmurai-je mentalement. “Mais il ne saura pas où le Mahir la garde. Je dois l’aider à résoudre ça, avant qu’il ne vienne.”

Le singe gawalt dormait déjà profondément. J’avais l’impression que, depuis qu’il était à Ato, le singe avait pris l’habitude de dormir plus que ce dont il avait réellement besoin.